Mardi 15 juillet 2008
A trop rêver sa vie
Et le réel tombe dans l'oubli
Sublimer ce que l'on aura jamais
Au risque de saccager ce qui a été crée
Une insatisfaction chronique
Aux élans tyranniques
Renforçant la frustration
Et son lôt de complications
La vie rêvée n'existe pas
Est-ce si dramatique que cela ?
Ne pas atteindre le bonheur parfait
Mais s'en approcher
Ne serait-il pas suffisant
Pour se sentir bien vivant ?
Soif d'absolu destructrice
Source d'inspiration dévastatrice
Au point de perdre pied
D'à petits feux s'asphyxier
Le jeu en vaut-il la chandelle ?
Les doutes s'amoncellent
Rêver est une bénédiction
Mais sous certaines conditions
Car la vie, la vraie
A aussi bien des attraits
.



(Sur une photo de Didier)
par Constance publié dans : Histoires de ...
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Vendredi 11 juillet 2008
La Baule, 12 juillet 1987. Léonore enrage d'avoir dû quitter Paris. Pour ses 17 ans, elle espérait passer son premier été seule dans la capitale mais elle a eu beau les supplier, ses parents l'ont obligée à partir avec eux. Comme les années précédentes, ils ont loué une maison, toujours la même, à deux pas de la plage. Léonore déteste cet endroit, il lui semble trop étriqué et lui rappelle son enfance. Elle a envie de hurler au monde entier qu'elle est une femme à présent, qu'elle a besoin d'indépendance mais pourquoi est-elle donc la seule à s'en apercevoir ?
Voilà à peine dix jours qu'elle est là mais cela lui paraît une éternité. Elle s'ennuie, Paris et ses amis lui manquent. Léonore déteste la Baule.

La Baule, 13 juillet 1987. Clément découvre pour la toute première fois cette station balnéaire. Jusque là, il avait toujours préféré la méditerranée à l'océan mais pour fêter ses cinq années de mariage, l'idée d'emmener son épouse sur la Côte d'Amour l'a séduit. Un nom prédestiné a-t-il pensé et c'est sur un coup de tête qu'il s'est empressé de réserver une villa en bord de mer. Il ne regrette pas son choix, il se sent comme chez lui ici. Il en est convaincu, sa femme et lui vont passer quinze jours paradisiaques loin de la cohue parisienne. Ils auront enfin du temps pour se consacrer l'un à l'autre et faire ensemble ces mille petites choses qu'ils n'ont jamais le loisir de s'octroyer le reste de l'année tant ils sont pris par leurs carrières professionnelles.
Clément aime déjà la Baule.

15 juillet 1987. Léonore erre seule sur la plage comme une âme en peine. Elle en a assez de tout cet air iodé, elle rêve de pollution, de l'odeur d'essence des embouteillages. Les jours s'écoulent avec une lenteur infernale qui la met de mauvaise humeur et désagréable avec tout ceux qui osent l'approcher. Elle a envie de pleurer, elle veut rentrer à Paris. Une rafale de vent stoppe net le cours de ses pensées sombres en emportant dans sa course son chapeau, cadeau de sa meilleure amie avant son départ auquel elle tient tant. Furieuse, elle tente de le rattrapper mais il continue sa course sur la plage au gré des bourrasques. Elle se sent ridicule à lui courir après ainsi et cela ne fait qu'augmenter le sentiment de colère qui l'agite.
Le vent se calme enfin et le chapeau s'échoue sur la serviette de plage d'un touriste. Gênée, Léonore se résout à aller réclamer son bien. Echange de mots rapides, sourires de politesse, le coeur de la jeune fille bat à tout rompre lorsqu'elle s'éloigne.
Quelque chose s'est passé, elle ne sait pas encore expliquer quoi mais elle en est persuadée, elle reverra cet homme.

18 juillet 1987. Clément a fait en sorte que sa femme ne l'accompagne pas sur le bord de mer cet après-midi là. Il culpabilise un peu à cette idée mais c'est plus fort que lui, il faut qu'il retourne là-bas seul. Il ne cherche aucune explication rationnelle à ça, une petite voix dans sa tête lui souffle qu'il doit le faire, il s'exécute.
Quand il aperçoit au loin sa silhouette, il sait qu'il a eu raison de venir. Il était persuadé qu'elle serait là elle aussi, son pressentiment était juste. Il prend le temps de l'observer un long moment. Il la trouve divinement belle, quelque chose dans sa beauté le touche. Peut-être son innocence ou la pureté de sa jeunesse. Comparé à elle, il se sent soudainement vieux avec ses trente-cinq ans affichés au compteur. Il songe un instant à rebrousser chemin mais il ne peut pas. Il se dirige en souriant vers la jeune fille au chapeau. Sans un mot, ils s'asseyent côte à côte sur le sable et contemplent l'océan.

22 juillet 1987. Tout est allé très vite entre Léonore et Clément. Ils ne réfléchissent pas à ce qu'ils sont en train de vivre, ils se contentent de le savourer intensément et de profiter des quelques heures quotidiennes qu'ils réussissent à voler. Léonore découvre la Baule sous un autre jour, celui du secret qui confère au lieu un charme qu'elle ne soupçonnait même pas. Elle est en train de se fabriquer de nouveaux souvenirs, la station balnéaire abrite ses amours interdites, celles de la femme qu'elle est devenue en s'offrant à cet homme dont elle ignore tout ou presque si ce n'est qu'il est marié, ça, il ne le lui a pas caché. Clément, lui, est heureux de cette parenthèse empreinte de folie dans sa vie bien rangée. Il n'a rien prémédité, il n'avait même jamais songé avoir une maîtresse un jour mais c'est arrivé et il ne le regrette pas.
Ils n'évoquent pas le futur, ils savent tous les deux qu'il n'y en aura pas pour eux. Leur belle histoire prendra fin dans quelques jours lorsque Clément repartira.

La Baule,15 juillet 2007. Cela fait vingt ans très précisément que Léonore n'y était pas revenue. Elle s'y était toujours refusée, préférant ne pas écorner l'image idyllique qu'elle gardait en mémoire. Clément non plus n'y était jamais retourné, il sait qu'il n'aurait pu s'empêcher de chercher du regard la silhouette de la jeune fille au chapeau et qu'il aurait éprouvé des regrets qu'elle ne soit pas là. Il a souvent pensé à elle, essayant de deviner quelle femme elle était devenue au cours de ces années, l'imaginant se transformer peu à peu, évoluer, tandis que lui pendant ce temps, vieillissait.
Vingt ans plus tard, sans jamais s'être donnés rendez-vous, ils sont là tous les deux sur cette plage.
par Constance publié dans : Histoires de ...
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Mercredi 9 juillet 2008
Démêler le vrai du faux
Lire entre les mots
Essayer d'imaginer, deviner
Au risque de se tromper.
Comme il serait plaisant
De savoir de temps en temps
Cesser les artifices
Les métaphores manipulatrices
Pour laisser entrevoir
Sans aucune échappatoire
Ce que l'on est
Même si cela déplaît.
Serait-ce affaire de méfiance
Un manque de confiance
Que de ne pas savoir se raconter
En toute simplicité.
Les mots sont protecteurs
Mais tout aussi trompeurs
Des mises en scène abuser
Et le lecteur est lassé.


(Sur une photo de F. Guerin)

par Constance publié dans : Histoires de ...
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Samedi 5 juillet 2008
Abandonné là sans égard
Plus personne ne lui jetait un regard
Ce vieux coffre avait été mis au rebus
Pour avoir trop vécu.
Mais quel mystérieux secret
Pouvait-il avoir à dévoiler ?
Intriguée par cet objet
Je décidai de l'emporter
Avec patience et habileté
Je saurais le faire parler.
Ma curiosité fut récompensée
A la découverte d'un tiroir secret
Dans laquelle se trouvait
Une correspondance enflammée.
Un jeune homme et sa belle
Echangeaient des voeux éternels
L'histoire ne dit pas
Ce qu'il est advenu de cet amour là
Mais j'aime à imaginer
Que cette romance du passé
A connu une fin heureuse
Serais-je bien trop rêveuse ?
par Constance publié dans : Histoires de ...
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Dimanche 29 juin 2008

Le top départ est lancé
Celui des vacances d'été
Chacun se prépare gaiement
Fait ses valises en chantant
A la pensée que bientôt
Ce sera farniente et bronzette à gogo
Mais pour arriver à destination
De cette grande migration
Mieux vaut d'ores et déjà se préparer
A ceux que beaucoup d'autres aient eu la même idée !


(Sur un dessin d'Ougen)
par Constance publié dans : Histoires de ...
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Dimanche 22 juin 2008

Venues de notre imagination
Nul besoin de partition
Quelques notes de musique
Rendent l'instant magique.

De cet air improvisé
Que le hasard nous a soufflé
Naît cette mélodie
Aux accords de la vie.

Certains l'appellent bonheur
Car elle adoucit les coeurs
D'autres la nomment symphonie
Par sa pureté, son harmonie.

A chacun sa composition
Sa propre perception
Aucune règle à respecter
Dans sa façon de l'interpréter.

Tempo rythmé ou langoureux
Qu'on soit amant ou amoureux
Tout ça n'est que détails finalement
Pour cette mélodie légère comme le vent.


(Sur une photo de KMS)

par Constance publié dans : Histoires de ...
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Jeudi 19 juin 2008
Ma Douce,

J'ai toujours cru qu'un jour, je ferais le voyage jusqu'à toi. J'en ai rêvé longtemps mais à présent, j'ai compris que je devrais y renoncer. N'y vois pas là un acte de lâcheté car c'est au contraire une preuve d'amour, la seule, que je puisse te donner.
Toutes ces nuits que j'ai passées à essayer d'imaginer notre rencontre, ce tout premier lien que toi et moi aurions crée. En y pensant, mon coeur se serrait et bien plus encore à cet instant car je sais que je t'aurais aimée profondément. Je laisse aux autres femmes ce besoin de porter leur enfant pour se sentir mères, j'avais choisi une autre voie que celle du sang et je ne le regrette pas.

Portée par ce projet un peu fou, je me disais que le moment viendrait enfin mais le temps a passé, vite, tellement vite. J'ai attendu en espérant que toutes les conditions soient réunies pour venir te chercher mais malchance ou destinée, ce jour n'est jamais arrivé et aujourd'hui, je n'ai plus l'âge de porter ta petite vie à bout de bras. Tu mérites mieux qu'une mère vieillissante pour guider tes pas. L'écrire me fait violence mais il faut savoir se montrer honnête et regarder la réalité en face.

T'emmener loin de ton pays d'origine aurait été déjà te déraciner un peu mais j'aurais pu vivre avec ce poids sur la conscience en me persuadant que c'était pour t'offrir la chance d'une vie meilleure mais à présent, que pourrais-je te donner ? Tout l'amour que je te porterais ne remplacerait jamais ces années d'énergie perdue à batailler et qui m'ont usé pour aller à ta rencontre. Mieux vaut que je cède ma place à une autre dont le coeur plus jeune bat déjà à la pensée de te tenir dans ses bras.

Tu resteras à jamais mon rêve, toi mon enfant du bout de monde.
par Constance publié dans : Histoires de ...
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Dimanche 15 juin 2008

Elle fait partie du passé
Ne cesse-t-il d'argumenter
Elle ne compte plus
Cette époque est révolue
Pourtant,  quelque chose en lui
Encore aujourd'hui
N'a pas tout a fait oublié
Tout ce qu'ensemble, ils ont partagé.
Bien sûr, il niera
Bien sûr, il protestera
Prétextant que seul le temps présent
A ses yeux est important
Mais il ne pourra s'empêcher
Sans intention de blesser
Que son regard dans la rue
Suive la sihouette d'une inconnue
Lui rappelant un instant
Celle d'avant ...


(Sur une photo de Muriel)
par Constance publié dans : Histoires de ...
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Mercredi 11 juin 2008

A ouvrir la porte
Sans cesse il l'exhorte
Ne plus rien cacher
A lui, se dévoiler
Par ce trou de la serrure
Il a perçu la blessure
Une porte qu'il pourrait enfoncer
Pour en éclats, tout faire voler
Mais il a choisi d'attendre
Lui laissant le temps de comprendre
Que par lui pourra naître le bonheur
Qui saura apaiser ses peurs
Alors pas à pas, lentement
A ouvrir la porte, elle consent
Elle choisit de jeter la clef
De cette porte qui l'emprisonnait.



(Sur une photo d'Olivier Aube)
par Constance publié dans : Histoires de ...
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Dimanche 8 juin 2008

Sonia rentre chez elle épuisée. Comme d'habitude, le dernier service s'est éternisé et le restaurant n'a pas fermé ses portes avant deux heures du matin. Son patron lui a promis un jour de congé pour récupérer ses heures supplémentaires mais depuis le temps, elle a appris à connaître la valeur de ses promesses. Elle sait que dès demain, il les aura oubliées, elle ne se fait plus d'illusions.
Pour ne pas réveiller ses enfants, elle file tout droit dans sa chambre sans allumer les lumières de son petit appartement et là, elle s'effondre sur son lit. Elle jette un coup d'oeil au réveil, il est près de quatre heures. Si elle s'endort maintenant, elle craint de ne pas réussir à se lever pour emmener ses deux filles à l'école alors elle décide de lutter contre le sommeil et la fatigue qui commencent à engourdir son corps. Il ne faut pas qu'elle dorme, il ne faut pas ...

Sonia sait comment faire pour ne pas sombrer, il lui suffit juste de remettre en marche la machine à cogitation. Simplement songer à ce qu'est sa vie aujourd'hui, rien de tel pour la garder éveillée tant le sentiment de rage qui la saisit est violent dans ces cas-là. Elle ne s'apitoie pas sur son sort, elle se révolte de l'intérieur. Crier haut et fort sa colère, elle sait que cela ne servirait à rien puisque personne ne serait là pour l'entendre. Elle la garde donc muette mais toujours aussi bouillonnante car c'est cette révolte qui l'aide à tenir, qui la maintient en vie. Sans elle, elle n'aurait plus la force de se battre, elle coulerait en entraînant ses filles avec elle. Une issue qu'elle refuse obstinément, question d'orgueil mais pas seulement. Elle ne veut pas se victimiser, elle assume ce qu'elle est en ne réussissant pas encore tout à fait à avoir fait le deuil de ce qu'elle aurait pu ou dû être.

Finalement, il suffirait de peu pour que son existence change du tout au tout. Que son ex-mari se décide enfin à se rappeler qu'avant sa nouvelle vie, il a eu une femme et deux enfants, qu'il a bientôt trois années d'arriérés de pension alimentaire qu'il ne versera jamais en ayant savamment orchestré son insolvabilité. Ou alors encore, que l'un de ces CV parmi la centaine qu'elle a déjà envoyée ne termine pas au fond d'une corbeille à papier, lui redonnant l'espoir que son bac + 5 qu'elle avait si brillamment obtenu n'est pas à jeter au rebut. Mais tout ça n'est pas à l'ordre du jour. Dans quelques heures, Sonia reprendra son service au restaurant "Le grand marmiton" parce que la vie continue, il y a les factures à payer, les filles à élever.
Retour à la réalité ...

par Constance publié dans : Histoires de ...
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