Venues de notre imagination
Nul besoin de partition
Quelques notes de musique
Rendent l'instant magique.
De cet air improvisé
Que le hasard nous a soufflé
Naît cette mélodie
Aux accords de la vie.
Certains l'appellent bonheur
Car elle adoucit les coeurs
D'autres la nomment symphonie
Par sa pureté, son harmonie.
A chacun sa composition
Sa propre perception
Aucune règle à respecter
Dans sa façon de l'interpréter.
Tempo rythmé ou langoureux
Qu'on soit amant ou amoureux
Tout ça n'est que détails finalement
Pour cette mélodie légère comme le vent.
(Sur une photo de KMS)
Sonia rentre chez elle épuisée. Comme d'habitude, le dernier service s'est éternisé et le restaurant n'a pas fermé ses portes avant deux heures du matin. Son patron lui a promis un jour de
congé pour récupérer ses heures supplémentaires mais depuis le temps, elle a appris à connaître la valeur de ses promesses. Elle sait que dès demain, il les aura oubliées, elle ne se fait plus
d'illusions.
Pour ne pas réveiller ses enfants, elle file tout droit dans sa chambre sans allumer les lumières de son petit appartement et là, elle s'effondre sur son lit. Elle jette un coup d'oeil au réveil,
il est près de quatre heures. Si elle s'endort maintenant, elle craint de ne pas réussir à se lever pour emmener ses deux filles à l'école alors elle décide de lutter contre le sommeil et la
fatigue qui commencent à engourdir son corps. Il ne faut pas qu'elle dorme, il ne faut pas ...
Sonia sait comment faire pour ne pas sombrer, il lui suffit juste de remettre en marche la machine à cogitation. Simplement songer à ce qu'est sa vie aujourd'hui, rien de tel pour la garder
éveillée tant le sentiment de rage qui la saisit est violent dans ces cas-là. Elle ne s'apitoie pas sur son sort, elle se révolte de l'intérieur. Crier haut et fort sa colère, elle sait que
cela ne servirait à rien puisque personne ne serait là pour l'entendre. Elle la garde donc muette mais toujours aussi bouillonnante car c'est cette révolte qui l'aide à tenir, qui la maintient en
vie. Sans elle, elle n'aurait plus la force de se battre, elle coulerait en entraînant ses filles avec elle. Une issue qu'elle refuse obstinément, question d'orgueil mais pas seulement. Elle ne
veut pas se victimiser, elle assume ce qu'elle est en ne réussissant pas encore tout à fait à avoir fait le deuil de ce qu'elle aurait pu ou dû être.
Finalement, il suffirait de peu pour que son existence change du tout au tout. Que son ex-mari se décide enfin à se rappeler qu'avant sa nouvelle vie, il a eu une femme et
deux enfants, qu'il a bientôt trois années d'arriérés de pension alimentaire qu'il ne versera jamais en ayant savamment orchestré son insolvabilité. Ou alors encore, que l'un de ces CV parmi
la centaine qu'elle a déjà envoyée ne termine pas au fond d'une corbeille à papier, lui redonnant l'espoir que son bac + 5 qu'elle avait si brillamment obtenu n'est pas à jeter au rebut. Mais
tout ça n'est pas à l'ordre du jour. Dans quelques heures, Sonia reprendra son service au restaurant "Le grand marmiton" parce que la vie continue, il y a les factures à payer, les filles à
élever.
Retour à la réalité ...
Post-scriptum