Quand il l'a abordée dans la rue, elle ne s'en est pas trop inquiétée. Elle s'est dit qu'elle réussirait à se débarrasser rapidement de lui, à le dissuader d'insister. Mais quand il s'est approché d'elle un peu plus près, elle a vu dans son regard une lueur étrange et c'est là qu'elle a compris qu'elle était en danger.
Machinalement, elle a fouillé dans son sac pour saisir son portable. Appeler quelqu'un, n'importe qui qui pourrait venir la secourir mais l'homme ne lui en a pas laissé le temps. Il lui a arraché son sac des mains et a balancé son téléphone dans le caniveau.
Son coeur battait à la chamade, elle était prise au piège. Elle a regardé partout autour d'elle en espérant apercevoir un passant mais personne. Elle était seule avec cet homme dans cette rue déserte et sombre. Une voix dans sa tête lui ordonnait d'essayer de s'enfuir, de courir pour lui échapper mais ses jambes tremblaient, la soutenaient à peine. Elle a tenté de parlementer, de lui proposer qu'il prenne l'argent dans son portefeuille mais elle savait que ce n'était pas ce après quoi il en avait. Il ne lui a même pas répondu, il s'est contenté de sourire en la plaquant contre la façade d'un immeuble.
Elle a senti son souffle contre son visage, ses mains se poser sur elle. Elle aurait voulu hurler, appeler à l'aide mais sa gorge nouée était incapable d'émettre le moindre son. Tout son corps était tétanisé, paralysé par la peur. Dans sa tête, elle s'imaginait en train de se débattre pour se libérer du poids de cet homme qui l'oppressait mais dans la réalité, elle n'a rien pu empêcher. Une violente nausée s'est emparée d'elle, le visage de son agresseur est soudainement devenu flou, elle s'est évanouie.
Quand elle a repris conscience, elle était à demi nue dans un cage d'escalier. Elle a espéré une fraction de seconde qu'elle n'avait fait qu'un terrible cauchemar dont elle se réveillait enfin mais ses vêtements éparpillés autour d'elle attestaient du contraire. Elle n'avait pas rêvé, tout ça était bien arrivé.
Tant bien que mal, elle s'est relevée, s'est rhabillée. Elle était déboussolée, tremblante de froid. Tel un automate, elle est sortie de l'immeuble, chancelante. Elle s'est aperçue qu'il lui manquait une chaussure mais elle a continué à marcher. Il fallait qu'elle s'éloigne de cette rue où elle avait été agressée, c'était sa seule obsession sur le moment.
Lorsqu'elle a croisé ce vieux monsieur, elle s'est tout de suite sentie rassurée. Son calvaire prenait fin, elle était sauvée. Lui sur le coup l'a prise pour une poivrotte avec sa démarche désarticulée et sa tenue toute débraillée. Il a failli passer son chemin. Quand elle lui a dit, en s'effondrant devant lui, qu'il fallait qu'il appelle la police, là il a compris. Il est resté auprès d'elle jusqu'à l'arrivée d'une patrouille. Il l'a rassurée comme il pouvait mais dans son for intérieur, il n'a cessé de penser que la nature humaine était capable des pires horreurs et qu'il ne comprendrait jamais comment un homme pouvait en arriver à commettre un tel acte de violence sur une femme.
Elle l'a écouté, s'est laissée bercée par ses paroles apaisantes, elle se sentait à présent en sécurité. Elle savait qu'il allait lui falloir par la suite raconter tout ce qui venait de se passer, relater chaque détail, revivre minute après minute ce qu'elle avait subi mais là, elle voulait juste fermer les yeux pour essayer de chasser une seconde de son esprit, l'image gravée à jamais de son violeur.
Dans son malheur, elle a de la chance puisqu'il l'a laissée inconsciente mais en vie. Pourtant, bien plus que son corps, il lui a pris son âme car depuis ce jour-là, elle n'a plus jamais été la même.
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